Portail:Ces revues qui s'annoncent/Entre science et rechercheDe Place des revues.[modifier] Entre science et recherche : la voie étroite des revues savantesLa « publication », au sens large du terme, est une étape importante de l’activité scientifique. À moins de le confondre avec le Dr. Faust, on ne peut en effet concevoir un savant, confiné dans son laboratoire, élaborant tout seul ses expériences et théories. Car la raison, même scientifique, est une affaire collective, elle est affaire de relations. Pour communiquer et se développer, cette raison dispose au sein de la communauté de divers moyens : exposés, conférences, colloques, workshops, etc. Et parmi eux, la revue occupe une place de choix. Mais de quelle revue s’agit-il et en quoi, cette revue dite « savante » se distingue-t-elle des revues artistiques ou de débats d’idées ? Quatre critères sont généralement retenus pour la définir[1] : 1) Elle a une ambition cognitive et publie des travaux qui obéissent à des méthodes d’analyse, un appareil critique et un vocabulaire spécialisés. 2) Elle est faite par des chercheurs et est destinée, en priorité du moins, à des chercheurs. 3) Elle représente un outil essentiel du débat scientifique et de la dynamique des disciplines. 4) Elle s’appuie généralement sur des pratiques institutionnalisées (établissements ou centres de recherche, société savantes, etc.). Ce dernier aspect me semble devoir être explicité pour signaler un élément clé du fonctionnement d’une revue savante : l’efficacité et la qualité de son comité scientifique (ou comité de lecture). Car, pour la communauté scientifique, qu’est-ce qu’une « vraie publication » ? C’est un article publié dans une revue dotée d’un comité ou de referees (pour reprendre l’expression anglo-saxonne), garants de la qualité de ses contenus. Et seule cette reconnaissance par les pairs (et si possible au sein d’une revue prestigieuse) joue un rôle déterminant pour la carrière et la notoriété du chercheur. J’en arrive donc à ce « vilain mot » qui depuis quelque temps déjà fait tant couler d’encre : « évaluation ». On sait que l’impératif économiste et gestionnaire de notre époque lui prête une acception détournée, essentiellement quantitative, et justement dénoncée (je n’aborderai pas ici la question de la bibliométrie et renvoie mes lecteurs à l’excellent blog publié sur Revues.org : « Évaluation de la recherche en SHS ». Je soulignerai seulement ici l’ironie qui fait que les plus ardents défenseurs de ce système évoluent dans des sphères ou des disciplines souvent peu expertes en économie (administration, linguistique, sociologie…). Et que les économistes eux-mêmes paraissent, sur cette question, beaucoup plus modérés et clairvoyants, n’hésitant pas à déclarer que les revues sont assimilables à des « biens publics » ou « collectifs » dont « la demande n’est pas réductible à la seule consommation finale de consommateurs individualisés »[2]. Laissons donc aux revues savantes la liberté de l’offre, de l’expérience et du tâtonnement qui est, rappelons-le, le propre de l’esprit de recherche. Une fois débattue, reconnue, il sera toujours temps pour cette recherche d’être assimilée au domaine propre de la « science » et de rejoindre ce que précisément une revue n’est pas : un traité ou un manuel. Mais quel est en 2009 l’esprit qui anime les nouvelles revues scientifiques ? Si j’en juge par les exemples présents sur « Place des revues », j’observe au moins quatre tendances importantes : 1) l’effort de traduction et de circulation des savoirs (Trivium.org, Trait d’union) ; 2) la place importance des sciences du langage (près d’un quart des revues ! Argumentation et analyse du discours, Signes, discours et société, Textes et contextes…) ; 3) l’ouverture aux débats d’idées (4810, Cultures et société en Rhône Alpes, Le prisme à idées, L’autre côté…), tendance obéissant à une volonté de diffusion et d’orientation vers un plus large public mais rendant, du coup, problématique la frontière entre discours scientifique et discours d’opinion ; 4) la permanence de formes plus classiques, réservées à un public de spécialistes, de professionnels ou d’aficionados (cahiers d’amis, revue des collèges de clinique psychanalytique, Bulletin Charpentier…). Avec les possibilités offertes par les nouvelles technologies, la créativité des revues demeure forte et l’on dénombre entre 2008 et 2009 l’apparition de plus de trente revues dans le domaine des SHS et des études littéraires (dont près de la moitié au format électronique). Réjouissons-nous donc de cette vitalité et saluons l’enthousiasme des collègues qui mènent cette aventure !
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